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Un projet qui envoie du bois

25 tonnes de charpentes effondrées deviennent une vraie mine d'or pour Grand Jardin
21 mars 2026 par
Romain Viennois


Une ruine, c'est aussi une mine. Sous le chaos des décombres se cachent parfois des trésors. A Grand Jardin, nous avons découvert un gisement de dizaines de tonnes de chêne massif. On vous raconte l'histoire de notre projet bois, de notre arrivée dans le Perche à l'installation dans nos suites de mobiliers en chêne faits maison. 


A l'arrivée de Grand Jardin dans le Perche, les corps de ferme étaient dans un état de ruine complet. Certains bâtiments étaient même impénétrables, envahis par les charpentes effondrées et la végétation. La moitié des charpentes étaient effondrées, et après étude nous avons appris que 90% des charpentes et 100% de la couverture devraient être refaits à neuf. 

Notre bureau d'étude structure nous a indiqué que ces bois de charpentes ne pourraient plus être utilisés pour soutenir nos toitures, après des décennies d'exposition aux intempéries. Mais nous avons vite été intrigués par ces centaines de poutres en bois, qui figuraient sur les devis comme une charge, avec un important coût de dépose puis d'envoi en déchetterie. Les anciens du village venaient nous demander quelques poutres de temps en temps, et notre architecte avait prévu de construire un auvent avec les plus belles pièces. Et si, plutôt que de jeter tout cela, on essayait d'en faire quelque chose? 


Sans idée précise, nous avons demandé à notre charpentier de déposer ces poutres en tas. Un tas qui en quelques semaines est devenu une vraie montagne, environ 30mètres de long, 6 mètres de large et 4 mètres de hauteur, soit des dizaines de tonnes. 

Pendant que les charpentiers finissaient de déposer ces charpentes et commençaient à installer les nouvelles, l'idée germait: si ce bois n'est peut-être plus bon pour faire des charpentes, il mérite certainement mieux que de passer dans une cheminée. Les diamètres étaient importants, généralement près de 20 centimètres, et après quelques tests à la tronçonneuse, nous avons vu ce qui se cachait sous une couche de moisissures et de mousses: un bois sain, solide, qui ne demandait qu'à être réemployé. 

Et pourquoi pas des meubles? Les professionnels consultés nous ont vite découragé de faire appel à eux. Trop risqué, trop long, trop compliqué, et donc trop cher. Paradoxe de notre société: il est plus simple de faire venir un bois de mauvaise qualité d'un pays lointain que de réutiliser un bois noble disponible à volonté. 

Mais notre époque amène aussi de belles choses, notamment la libre circulation de la connaissance. Des dizaines d'heures de vidéos Youtube plus tard, la décision est prise: avec les bons outils, on doit pouvoir réaliser des choses simples nous mêmes. Enthousiasme dans la petite équipe de Grand Jardin, notamment de Matthieu qui relève le défi. On profitera de la saison calme à la ferme pour apprendre et construire. 



Nous restons néanmoins raisonnables pas question de se lancer dans des pièces complexes, c'est un vrai métier. Nous nous contenterons d'assemblages simples à la colle à bois, et de découpes droites. Notre objectif: des plans vasques pour les salles de bains, des bancs, des petits bureaux simples pour les chambres, et les têtes de lit. A chaque fois, il s'agit de transformer nos grosses charpentes en planches droites d'épaisseurs variables. 

Pour cela, trois équipements sont nécessaires. Une scierie mobile pour réaliser la première découpe. Les charpentes deviennent des planches grossières. Ensuite, une raboteuse dégauchisseuse permet d'assurer que ces planches ont une épaisseur parfaitement homogène. Enfin, la scie circulaire permet de déligner, c'est-à-dire assurer que les bords des planches sont bien droits et perpendiculaires à la face de la planche. Après quelques recherches sur internet, quelques semaines d'attente et aun aménagement rapide dans notre bâtiment agricole, le matériel arrive et les premiers essais commencent. 

Immédiatement, nous comprenons que nous avons fait le bon choix. Le bois est superbe, se travaille bien, et l'utilisation des outils n'est pas trop compliquée. Après quelques premiers assemblages, les premiers prototypes sont là. 



Une fois les premiers prototypes réalisés, la mise en oeuvre réelle peut commencer, avec à chaque fois une ligne simple: des montants en acier noir mat, très sobres et faciles à utiliser, sur lesquels nous ajoutons nos planches assemblées. Une étape de ponçage et de lasure (remplacée dans les salles de bains par un vernis, plus résistant à l'eau), permettent d'obtenir une finition durable et agréable au toucher. 

A ce jour (fin mars 2026) la production est en cours. Notre planning est de réaliser environ 200 pièces de mobilier maison pour l'hôtel d'ici à son ouverture. 

Ce projet présente de multiples bénéfices:

  • Nous réemployons plusieurs tonnes de bois qui aurait probablement fini dans des cheminées.
  • Nous rendons hommage aux bûcherons et compagnons qui ont cultivé et édifié ces charpentes il y a plus de cent ans, Leurs efforts continuent à porter leurs fruits.
  • Nous avons appris le début d'un nouveau métier et avons la fierté de savoir utiliser nos mains. 
  • Nous avons certainement économisé des dizaines de tonnes d'émissions de CO2
  • Nous faisons profiter à nos clients d'un matériau devenu rare aujourd'hui: le chêne massif.