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Grand Jardin fait sa mini-bassine

Premier aperçu de la gestion de l'eau à la ferme
17 avril 2026 par
Romain Viennois

Cultiver des légumes, c’est composer avec le vivant. Et très vite, une réalité s’impose : sans eau, rien ne pousse durablement. Dans un contexte de dérèglement climatique, où les épisodes de sécheresse et d’irrégularité deviennent la norme, la question de l’irrigation devient structurante. Elle conditionne la qualité des cultures, leur régularité, et la résilience des fermes.

À Grand Jardin, nous avons fait le choix de traiter cette question à notre échelle, avec pragmatisme et cohérence.

Nous venons d’achever la construction de notre bassin d’irrigation.

Avec ses 800 m², il peut sembler modeste — surtout lorsqu’on le compare aux bassines de 200 000 m² qui font débat ailleurs. Mais cette différence d’échelle est précisément le reflet de notre approche : capter, stocker et utiliser intelligemment une ressource déjà présente sur le site.

Le bassin a été implanté de manière à tirer parti du dénivelé naturel du terrain: une canalisation de 40 cm de diamètre descend directement depuis les toitures de l’hôtel pour l’alimenter. À chaque averse, l’eau est collectée sur près de 2000m2 de toitures, puis acheminée vers notre bassin d'irrigation où elle est stockée naturellement.

Notre sol, composé d’argiles à silex, est très poreux et ne retient pas l’eau. Nous avons donc utilisé une membrane étanche pour garantir la conservation de cette ressource. Un choix pragmatique, adapté à la réalité du terrain. Ce n'est pas magnifique à voir pour le moment, mais la végétation reprendra vite ses droits tout autour, et une fois rempli d'eau le bassin deviendra un abreuvoir formidable pour toute notre faune. 

Depuis ce bassin, une pompe alimente l’ensemble de nos jardins maraîchers. C’est le cœur de notre système. L’essentiel ne réside pas seulement dans l’infrastructure mais il réside dans la manière dont nous utilisons l’eau.

Nous pratiquons une irrigation raisonnée, parcelle par parcelle. Chaque besoin est évalué manuellement, en observant et en sondant les sols. Il ne s’agit pas d’arroser systématiquement, mais d’apporter la juste quantité, au bon moment. C'est une approche qui reste empirique, mais qui a toujours bien fonctionné pour nous. 

Nous utilisons principalement deux techniques complémentaires :

  • La micro-aspersion, qui diffuse une eau très fine, proche d’une pluie légère. Elle est particulièrement adaptée aux jeunes plants et favorise une croissance homogène.
  • Le goutte-à-goutte, qui permet d’apporter l’eau directement au pied des plantes, limitant fortement l’évaporation et optimisant chaque litre utilisé.

Ce double système nous permet d’ajuster nos pratiques avec précision, en fonction des cultures et des conditions. Le melon, par exemple, supporte mal l'aspersion, qui favorise des maladies cryptogamiques. Inversement, son cousin le concombre préfère l'aspersion, qui limite la prolifération des acariens sur ses grandes feuilles. 

L’ensemble de cette installation a été conçu et réalisé par nos soins. Cela nous donne une grande liberté : nous pouvons adapter, réparer, faire évoluer chaque élément. Tous les composants sont simples, accessibles, remplaçables.

Mais cela n’a pas été simple à apprendre. Comprendre les débits, les pressions, les équilibres demande du temps, des essais, des erreurs. Ce chemin fait partie du projet.

Car au fond, une agriculture durable ne repose pas sur des solutions spectaculaires, mais sur une multitude de choix cohérents, pensés à la bonne échelle.

C’est exactement ce que nous cherchons à construire à Grand Jardin :

un lieu qui produit, accueille, et transmet — au cœur du Perche, à 1h30 de Paris.